Parler anglais : et si le problème n’était pas votre niveau ?

Pourquoi avez-vous du mal à parler anglais malgré des années d’apprentissage ?
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Beaucoup d’adultes en France se plaignent de ne pas avoir appris à parler anglais à l’école. Ils se rappellent, plus ou moins, les verbes irréguliers, mais se sentent dépassés ou maladroits lors d’une interaction avec un fournisseur à l’étranger, voire lors d’un simple échange à la machine à café avec une personne étrangère.

Pris·es au dépourvu, ces adultes ressentent de la frustration, voire de la honte, face à ce qu’iels imaginent être le niveau de leurs pairs européens dans la même situation : eux auraient appris à parler et à s’approprier la langue à l’école.

J’ai travaillé en ligne, chaque semaine, de 2016 à 2021 avec des Allemand·es, des Japonais·es et des Italien·nes. Je n’ai pas pour autant remarqué de différence aussi marquée entre les cadres en entreprise qui suivent des formations obligatoires ou volontaires en anglais en France et les professionnel·les que j’ai accompagné·es dans d’autres pays.

En revanche, les attitudes sont variées.

Quand la formatrice peut se mettre en retrait

Pour permettre aux apprenant·es de réellement s’approprier une langue, lorsque l’on mène une séance de groupe, la réussite d’une séance se mesure notamment au moment où la formatrice peut se mettre en retrait.

Le cadre a été donné, les exemples et les consignes sont clairs, et hop : on disparaît.

Et c’est là que la magie commence :

  • Les échanges spontanés se produisent.
  • On tente d’employer une phrase vue auparavant.
  • On ose aller plus loin dans la présentation de soi, se positionner face à ses pairs et montrer son expertise.
  • Notre sens de l’humour et notre personnalité commencent à prendre leur place, même en anglais, malgré la barrière de la langue.

Cela ne se produit pas lorsque votre formateur·rice ou votre professeur·e reste au centre de l’apprentissage.

« Répétez après moi. »

« Reprenez la phrase et utilisez la bonne conjugaison, s’il vous plaît. »

Bien sûr, il faut parfois travailler la forme. Mais pas nécessairement pendant toute la séance.

Si l’on répond toujours à la forme, et non au contenu, comme si l’on était une machine à traductions parfaite qu’il faudrait perfectionner à l’infini, on finit par inhiber le cerveau.

Il ne veut plus prendre de risques interpersonnels en tentant de dire quelque chose de vrai.

Dans la vraie vie, vous ne gagnez pas de points

Vous ne gagnez pas de points dans la vraie vie lors de vos prises de parole en anglais.

Vous gagnez un contact.

Une négociation.

Un nouveau partenaire sur site.

Une relation professionnelle.

Une opportunité.

Mais si, dans chaque situation où vous avez pris la parole en anglais, le but était de plaire au professeur·e en créant de belles phrases, il n’est pas étonnant que votre cerveau ne sache plus communiquer, faire passer un message, interagir ou co-créer du sens avec votre interlocuteur·rice.

Il est totalement occupé à vous envoyer des messages tels que :

« Est-ce que j’ai utilisé le passé ? »

« Est-ce que l’action est terminée ou encore en cours ? »

« Est-ce qu’il fallait utiliser le -ing ou l’infinitif ? »

« Que va penser mon interlocuteur·rice de ce que j’ai dit ? »

« Iel va me mépriser à cause de mon niveau ! »

Votre interlocuteur·rice n’est plus votre professeur·e.

Iel n’a ni la capacité à juger précisément votre niveau, ni très probablement l’envie de le faire. Comme toute personne adulte à mi-vie, entre la famille, les contraintes professionnelles et un planning de plus en plus serré, observer la forme de votre anglais est très loin d’être en haut de sa to-do list.

En revanche, si vous bafouillez, vous excusez sans cesse et que votre message reste flou, vous commencez à compliquer son quotidien.

Alors, que s’est-il passé ?

Donc oui : si vous n’avez pas eu l’occasion de mettre en pratique vos connaissances, et si la plupart de vos cours ont été consacrés à la forme plutôt qu’au développement de la compétence communicative,  faute de temps dans le cursus, faute de méthode ou par peur de laisser les apprenant·es prendre le devant du cours, il est compréhensible que le bruit dans votre esprit, lors de vos interactions professionnelles en anglais aujourd’hui, vous freine.

La bonne nouvelle, c’est que cela se travaille.

Et cela ne prend pas autant de temps que les années d’apprentissage de la langue que vous avez derrière vous.

(Et oui, vous en avez, des connaissances ! J’ai plus de 9 000 heures d’accompagnement d’adultes en France derrière moi, et je peux vous rassurer : vous avez des connaissances en anglais.)

Il s’agit maintenant davantage d’activer ces connaissances que d’en acquérir de nouvelles.

Cela passe par l’entraînement, la bienveillance, la reprise appropriée et la conscientisation des règles de grammaire et de lexique.

À l’oral.

Au calme.

Et avec une confrontation progressive à l’autre.

Parce qu’apprendre à parler une langue, ce n’est pas apprendre à produire des phrases parfaites.

C’est apprendre à faire quelque chose avec cette langue.

Et cela, ça se travaille.

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